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Inscription - Colloque "Les frontières naturelles : une notion à déconstruire"

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Colloque & Séminaire Recherche

Colloque international pluridisciplinaire. Les frontières naturelles : une notion à déconstruire

Stratégies, enjeux, perceptions, langages, imaginaires

du jeudi 30 mai 2024 à 08h30

au vendredi 31 mai 2024 à 18h00

Lieu de l'événement

Amphi Maldiney, 10 place des Archives - 69002 Lyon

Contact



ColloqueCLI2024@univ-catholyon.fr

Le pôle 3 - Culture(s), langue, imaginaires de l'Unité de Recherche CONFLUENCE : Sciences et humanités organise un colloque international pluridisciplinaire autour de son projet de pôle : Espace(s) et mouvement(s) : le proche et le lointain.

Programme

Jeudi 30 mai 2024

9h00 - 9h30 | Accueil café

9h30 - 10h00 | Allocutions

Marjolaine Monot-Fouletier, professeure de droit, HDR, UR CONFLUENCE : Sciences et Humanités (EA 1598) – Université Catholique de Lyon, Lyon, France

Maria-Laura Moreno-Sainz, maîtresse de conférences en sociologie, responsable du Pôle 3 « Culture(s), Langue, Imaginaires », UR CONFLUENCE : Sciences et Humanités (EA 1598) – Université Catholique de Lyon, Lyon, France

10h00 - 11h00 | Conférence

Léonard Dauphant, maître de conférences HDR en histoire – Université de Lorraine, Metz, France
Fonder l’État dans le paysage : l’invention médiévale des frontières naturelles

Échanges

11h - 11h15 | Pause café

11h15 - 12h45 | Panel 1
Stratégies administratives de construction de la frontière

Présidente de séance : Marjolaine Monot-Fouletier, professeure de droit, HDR, UR CONFLUENCE : Sciences et Humanités (EA1598) - Université Catholique de Lyon, Lyon, France

François-Xavier Arnoux, docteur en droit – Université Catholique de Lyon, France
Les frontières de la ville de Lyon : stratégies politiques sur un découpage administratif à l’encontre des frontières naturelles

Bruno Laffort, maître de conférences HDR en sociologie, CRIT – Université de Franche-Comté, Besançon, France
Déconstruire les frontières sociales en politique de la ville : le cas du quartier Planoise à Besançon

Elias Habib, doctorant en sociologie – Sciences Po Paris – CNRS, Paris, France
Naturaliser les frontières d'un territoire universitaire. Le cas de l’université Savoie Mont Blanc

Échanges

12h45 - 14h00 | Déjeuner libre

14h00 - 15h30 | Panel 2
Enjeux identitaires de la frontière

Président de séance : Ali Mostfa, maître de conférences en langue et culture anglophones, UR CONFLUENCE : Sciences et Humanités (EA1598) - Université Catholique de Lyon, Lyon, France

Janice Argaillot, maîtresse de conférences en civilisation latino-américaine, ILCEA4 – Université Grenoble Alpes, Grenoble et Valence, France
La mer Caraïbe dans les discours de Fidel Castro : lien ou obstacle ?

Béatrice Blanchet, maîtresse de conférences en science politique, UR CONFLUENCE : Sciences et Humanités (EA 1598) – Université Catholique de Lyon, membre associée de l’Unité de recherche LCE (EA 1853) – Université Lumière Lyon 2, Lyon, France

Jack Keilo, enseignant-chercheur en géographie – Université Savoie Mont Blanc, Chambéry – chercheur associé EDYTEM, France
Les frontières du Liban entre deux référents

Échanges

15h30-15h45 | Pause café

15h45-16h45 | Conférence

Anne-Laure Amilhat-Szary, professeure de géographie, PACTE (UMR 5194) – Université Grenoble Alpes, Grenoble, France
Les frontières dans, avec, après la nature

Échanges

16h45-17h00 | Pause café

17h00-18h30 | Panel 3

Imaginaires (post)coloniaux de la frontière

Présidente de séance : Maria-Laura Moreno Sainz, maîtresse de conférences en sociologie, responsable du Pôle 3 « Culture(s), Langue, Imaginaires »,UR CONFLUENCE : Sciences et Humanités (EA1598) - Université Catholique de Lyon, Lyon, France

Céline Desramé, docteure en histoire –EHESS, Paris, France
Le désert d’Atacama, de barrière « naturelle » en périphérie productive. Représentations évolutives d’une frontière chilienne au XIX siècle

Jordi Tejel, professeur d’histoire contemporaine – Université de Neuchâtel, Neuchâtel, Suisse
Une frontière pas si « naturelle » : l’affaire de Mossoul au prisme des acteurs locaux

Olivier Ferrando, maître de conférences en science politique, UR CONFLUENCE : Sciences et Humanités (EA 1598) – Université Catholique de Lyon, Lyon, France
Les frontières mouvantes de l’identité des migrants russes de la guerre en Ukraine

Échanges

Fin de la journée

Vendredi 31 mai 2024

9h00 - 10h30 | Panel 4
Frontières naturelles - Nature frontalière

Président de séance : Jacques Barou, professeur d’anthropologie, directeur de recherche émérite CNRS –Laboratoire PACTE – SciencesPo Grenoble, France

Iban Larrandaburu, doctorant en droit public – Université de Lorraine, Nancy, France
Vers un droit territorial pour la gestion de la nature transfrontalière ?

Paolo Stuppia, chargé de cours en sociologie - Institut Catholique de Paris, Paris, France
Déconstruire ou reconstruire les frontières naturelles ? L’approche biorégionaliste, entre science et utopie

Benoît Vaillot, chercheur postdoctoral en histoire - Centre for Contemporary and Digital History (C²DH) - Université du Luxembourg, Esch-sur-Alzette, Luxembourg
Lorsque les frontières deviennent naturelles - La différenciation environnementale induite par les frontières

Échanges

10h30-10h45 | Pause café

10h45-12h15 | Panel 5
Une liminalité mouvante : les frontières de l'eau

Président de séance : Julien Guinand, maître de conférences en histoire moderne, UR CONFLUENCE : Sciences et Humanités (EA 1598) – Université Catholique de Lyon, Lyon, France

Jean Senié, maître de conférences en histoire moderne, CESR – Université de Tours, Tours, France
Le Pô à l’époque moderne : la construction fluctuante d’un espace de droit

Julien Gautier, doctorant en géographie, au laboratoire CEDETE - Université d'Orléans, Orléans, France
De la frontière naturelle à la frontiérisation de la nature : le cas des frontières lacustres du Léman et du lac Peïpous

Gaëtan Balan, maître de conférences en droit, UR CONFLUENCE : Sciences et Humanités (EA1598) - Université Catholique de Lyon, Lyon, France
Les frontières maritimes du Golfe de Gascogne : entre imaginaire et réalité juridique

Échanges

12h15-13h30 | Déjeuner libre

13h30-14h30 | Conférence

Emmanuel d'Hombres, maître de conférences en philosophie, UR CONFLUENCE : Sciences et Humanités (EA1598) - Université Catholique de Lyon, Lyon, France
« Les frontières naturelles : une notion entièrement à déconstruire en épistémologie ? Le cas de la biologie (19è-20è siècles) »

Échanges

14h30-14h45 | Pause café

14h45-16h15 | Panel 6

La frontière : une "barrière naturelle" à déconstruire

Présidente de séance : Marie-Hélène Hermand, maîtresse de conférences sciences de l’information et de la communication, Laboratoire MICA,  Université Bordeaux Montaigne, France

Alexandre Ruelle, docteur en histoire moderne, AGORA (EA 7392) – CY Cergy Paris université, Cergy-Pontoise, France
La « barrière », une idée géopolitique qui s’appuie d’abord sur les traces de la Nature (XVIIe-XVIIIe siècles)

Elena Casiriain, doctorante en anthropologie - Université Toulouse Jean Jaurès, Toulouse, France
Une frontière au pays basque : la montagne. Description ethnographique des mécanismes de naturalisation de la frontière franco-espagnole au pays basque.

Échanges

15h45 - 16h15 | Conclusions et perspectives

Fin du colloque

Argumentaire

« Toute frontière introduit de la distance dans la proximité » (Arbaret-Schultz, 2002)

Parmi les « opérations spatialisantes », c’est-à-dire ces pratiques (sociales, politiques, juridiques, culturelle et discursives) « organisatrices d’espace », les procédures de délimitation ou de bornage qui instaurent des espaces frontaliers sont au cœur de la transformation de l’espace en territoire, qu’il soit matérialisé ou symbolique. En effet, « il n’est pas de spatialité qui n’organise la délimitation de frontières » (De Certeau, 1980).

C’est dans le contexte des relations internationales que la notion de frontière prend tout son sens puisqu’elle en constitue de fait la dynamique fondatrice. Cependant, la frontière est un « concept nomade » (Stengers, 1988), pluridisciplinaire par excellence. En effet, la frontière s’exprime à la fois dans le registre du réel mais aussi dans celui de l’imaginaire et du symbolique : il est des frontières géographiques (étatiques, nationales, régionales…) et géopolitiques (internationales...), mais aussi des frontières sociales, linguistiques, culturelles, ou encore des frontières fiscales, juridiques, ou temporelles…

Ainsi, comprendre le phénomène frontalier (même en se cantonnant à l’unique acception territoriale du terme) nécessite d’une approche pluridisciplinaire car la frontière incarne des multiples facettes et enjeux à la fois géographiques, politiques et géopolitiques (souveraineté, ressources...), historiques (évolutions, reconfigurations des frontières), sociologiques (identités, socialisation, exil...), linguistiques (toponymies multiples et mots de la liminalité en fonction des langues et des aires culturelles), littéraires (littérature du voyage, de l’exil…), discursifs ( voir par ex. le « Nouveau Monde » comme expansion des frontières du « Monde connu » ou bien l’invention des frontières dans les Amériques et en Asie centrale ou encore les « frontières fantômes » [1])...

Après avoir (prématurément) déclaré la « fin des frontières » (jugées obsolètes et vouées à l’effacement suite à l’accélération de la mondialisation des années 1990), on a ensuite constaté le « retour des frontières » (Foucher, 2016). Face au constat de nouveaux enjeux contemporains dans le monde tels que l’expansion des nouvelles technologies de l’information et la communication, les nouvelles dynamiques migratoires, ou les plus récents conflits dans le monde (l’invasion russe à l’Ukraine en février 2022, l’exode des Arméniens du Haut-Karabakh en octobre 2023…), on pourrait reconsidérer la frontière comme « un objet spatial en mutation » (Arbaret-Schultz, 2004), tandis que d’autres insistent sur la re-dé-territorialisation des frontières ou encore sur la dimension mobile ou réticulaire de l’objet frontière (Lévy, Lussault, 2013).

Dans tous les cas, la frontière est un « marqueur symbolique » (Foucher, 2019) au cœur de l’identité des individus et des peuples, et se présente comme un puissant outil de légitimation d’un espace liminal institué, un lieu de (dis)continuité(s) qui relie autant qu’il distingue et sépare un « nous » (communauté de semblables) d’un « eux » (altérité parfois suspecte, indésirable, mise à distance).

Frontières naturelles : une notion à déconstruire

Aussi, la frontière est-elle toujours « justifiée » par les « arguments » (décisions, actions, récits, figures, images...) les plus divers voués à donner un sens, une raison d’être à la séparation instituée : tel est le cas d’un oxymore (J. Lévy, 2019) historiquement puissant et tenace et pourtant encore évoqué : la notion de frontière « naturelle ».

« Les limites de la France sont marquées par la nature », proclamait Danton à la tribune de la Convention Nationale le 13 janvier 1793. Certes, Proudhon, dès 1868, critiquait déjà le principe de frontières « naturelles » (les fleuves, les montagnes...) en tant qu’ « illusion géographique » issue de « préoccupations stratégiques » (Proudhon, 1868). Et Saint Marc Girardin de souligner : « Chose curieuse : je n’ai jamais vu une seule nation qui, en vertu du système des frontières naturelles, ait songé à restreindre ses possessions et ses limites. C’est toujours pour étendre son empire que chaque nation étudie dans la géographie ses limites naturelles. Elle les met toujours au-delà de son territoire, jamais en deçà » (Saint Marc Girardin, 1863).

Pourtant, force est de constater que cette notion de frontière « naturelle », reste encore prégnante de nos jours, dans les médias bien sûr[2] mais également dans le champ académique[3].

Mais si la présence d’un élément du relief permet d’appuyer certains tracés en les figeant dans une représentation imaginaire (une chaîne de montagne est un rempart, un fleuve se transforme en douves…), n’y a-t-il pas là une forme d’artifice ?

En effet, poser une frontière, c’est poser un regard doté d’intentionnalité ; il s’agit d’une construction en partie discursive, à visée performative et légitimatrice ; dans ce sens la frontière est instituée comme par « magie sociale », au sens de P. Bourdieu : « l’institution [c’est-à-dire l’acte d’instituer] es un acte de magie sociale qui peut créer la différence ex nihilo ou bien, et c’est le cas le plus fréquent, exploiter en quelque sorte des différences préexistantes ». Or, « les distinctions les plus efficaces socialement sont celles qui donnent l’apparence de se fonder sur des différences objectives (je pense par exemple à la notion de ‘frontière naturelle’) » (Bourdieu, 1991). Bref, une frontière est toujours au demeurant la conséquence d’une convention, une « institution imaginaire » au sens de Castoriadis (Casteigts, 2017).

La naturalisation des frontières issue de la perspective naturaliste de F. Ratzel (1897) et d’autres géographes du XIXè et XXè siècles, malgré un travail de déconstruction déjà amorcé à partir de la sociologie (Simmel, 1908 ; Meier, 2020), de l’anthropologie (Chavarochette et al., 2015) ou de l’histoire (Nordman, 1999 ; Schmidt et Jalabert, 2022 [4]), reste encore prégnante et peu problématisée, notamment au regard des perceptions, des langages, des discours et des imaginaires à l’œuvre dans le monde.

Par naturalisation, nous entendons ici une double dynamique de l’esprit consistant, d’une part, à prendre appui sur « la nature » (sous-entendu la géographie et ses reliefs, entre autres) comme prétexte pour poser une frontière. Mais la « nature » n’est-elle pas un construction sociale changeante au cours de l’histoire ? En effet, les sociétés construisent « la nature » à un moment historique donné et selon leurs schèmes culturels et leurs logiques sociales (Moscovici, 1968) mais aussi (géo)politiques, économiques ou autres.

Il y a d’autre part, dans la dynamique de naturalisation de la frontière, l’idée voilée, implicite, d’une frontière dont l’existence et l’emplacement iraient de soi, des frontières nées spontanément, qui auraient surgi « naturellement ».

Se pencher sur la naturalisation des frontières implique donc d’aborder de manière résolument interdisciplinaire la frontière en tant que champ à problématiser (Benedetti, 2020)

Ce colloque s’inscrit dans la continuité des travaux du Pôle 3 « Culture(s), Langue, Imaginaires » autour des problématiques d’Espace(s) et mouvement(s) : le proche et le lointain.

Après une journée d’étude consacrée à « Espace urbain, marges, marginalités : approches croisées » (UCLy, 19 Mai 2022) et un colloque international sur l’œuvre d’Atiq Rahimi comme « Passeur de frontières » (Ucly-Opéra de Lyon, 2 Mai 2022), nous proposons d’explorer une dimension particulière de l’espace sous l’angle du proche/lointain : la frontière en tant qu’espace liminal naturalisé. L’appel est ouvert à des chercheuses et des chercheurs en sciences humaines et sociales, s’intéressant à cette question partout dans le monde, à diverses époques.

[1]     E O’Gorman, La invención de América, 1961 ; S. Gorshenina, Asie centrale. L’invention des frontières et l’héritage russo-soviétique, 2012. B. Von Hirschhaussen, « Leçon des frontières fantômes : les traces du passé nous viennent (aussi) du futur », L’Espace géographique, 2017.

[2]     https://www.huffpost.com/archive/qc/entry/les-12-frontieres-naturelles-les-plus-impressionnantes-du-monde_n_8499282 consulté le 10/10/2023

[3] Voir entre autres https://frontieres2023.sciencesconf.org/ ;  https://www.cresat.uha.fr/aac-frontieres-et-environnement/

Ou Hulo Vesely et al., Dossier Géographie-Les Frontières indique que « Les frontières naturelles suivent la géographie d’un territoire, comme la crête d’une montagne ou un cours d’eau (ex. : le Rhin entre la Suisse et l’Allemagne) » www.rts.ch/decouverte-frontieres  consulté le 10/10/2023

[4] M. Schmidt et L. Jalabert, « Les eaux, forêts et montagnes au miroir de l’espace politique avant 1800 », colloque franco-allemand, Leipzig, octobre 2022. https://www.ciera.fr/sites/default/files/document_joint/Naturgrenzen_Limites%20naturelles.pdf